Culture et territoires en Île-de-France

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07 Mar 2007

La mise en perspective du projet culturel de l’agglomération avec les enjeux du territoire

par Thierry BARBAGELATA

Extraits de l’intervention de Thierry BARBAGELATA, directeur général des services de la communauté d’agglomération lors du séminaire du 16 décembre 2006 réuni au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines.

[…] On voit qu’il y a la question de l’identité et la question surtout de l’attractivité qui restent posées, et, comme dès le départ de la Ville nouvelle la politique culturelle a été un des outils pour effectivement traiter ces questions-là, pour essayer de les résoudre, à nouveau le projet d’agglomération, le projet de territoire doit s’interroger sur le rôle de la politique culturelle et de sa capacité à répondre à ces enjeux. Donc, premiers enjeux : attractivité et identité, identité qui n’est pas seulement l’appropriation du territoire et de son histoire, mais aussi la fonction, le rôle que l’on assigne à ce territoire dans un ensemble plus large. C’est à la fois l’image locale et l’appropriation que l’on en a, que les habitants en ont, et aussi l’image et la fonction que le territoire joue dans un ensemble plus vaste. On pourrait faire une image en disant que, aujourd’hui, si on considère que les enjeux sont au niveau d’un ensemble qui s’appellerait « le Grand Paris », quelle est la situation, quel est le rôle, quelle est la visibilité de Saint-Quentin-en-Yvelines, y compris au sein même du Plateau de Saclay et de l’ensemble des territoires qui sont autour ? dans quelle mesure ce territoire est lisible ?

Pour le reste, il y a une identité assez forte qui ressort du diagnostic, une visibilité assez forte, une image de réussite économique, une image de fort développement, mais c’est aussi une identité assez diverse : on a sept communes avec effectivement des images et des personnalités extrêmement diverses.

C’est un autre enjeu que de pouvoir gérer la problématique de cette identité complexe et diverse, et notamment quand il s’agit de la traduire en termes de politique culturelle aux deux niveaux : communal et intercommunal.

En ce qui concerne les objectifs à court, moyen et long termes, en matière de développement, ce qui était vrai hier le devient encore plus aujourd’hui, c’est-à-dire la capacité du territoire, à accueillir des nouveaux habitants. Ce n’était pas encore une évidence il y a quelques années, c’est-à-dire il y a trois, quatre ans quand il a été mis fin à l’opération d’intérêt national, d’aucuns disaient que nous étions en fin de développement de ce territoire, qu’il restait vingt ou moins de vingt pour cent des possibilités de développement, d’aménagement : aujourd’hui, le travail qui a été fait montre qu’il y a effectivement une potentialité beaucoup plus importante, et qui permet y compris de répondre aux nécessités d’accueil d’habitants et d’entreprises, d’activités, qui pourront se développer dans le cadre notamment des pôles de compétitivité qui sont déjà présents sur le territoire de Saint-Quentin et du Plateau de Saclay. Cela renvoie à une question qui est posée aujourd’hui, puisque l’on parle des pôles de compétitivité qui sont aujourd’hui, - on appelle ça des clusters - des réseaux de centres de recherche, d’universités, de centres de formation, de développement, et d’entreprises scientifiques. Ceux ou celles qui sont installés sur le Plateau de Saclay, le sont dans un contexte où il n’y a pour l’essentiel que des emplois, mais où les logements, les lieux de vie n’existent pas. Cela expliquerait, du point de vue des spécialistes, pourquoi cette concentration de chercheurs ne donne pas aujourd’hui la valorisation économique qu’elle pourrait donner et qu’elle donne dans d’autres contextes à l’étranger. Il y a là un enjeu pour Saint-Quentin-en-Yvelines, en termes d’attractivité, de pouvoir continuer à créer les conditions d’accueil et la qualité de l’environnement qui est appréciée par les habitants de l’agglomération, ce qui avait été relevé dans une étude de l’INSEE il n’y a encore pas très longtemps, où les trois quarts des habitants – c’était vrai pour l’ensemble des villes nouvelles ! – appréciaient les conditions de vie et ne souhaitaient pas quitter le territoire. Donc cette question-là se pose à nouveau et là aussi la culture a une place extrêmement importante, y compris et en particulier dans ce que l’on appelle l’art de vivre ou les aménités, enfin dans le domaine de la vie quotidienne et la vie sociale.

L’autre élément d’analyse que nous avons pu relever également – je parle du territoire divers, donc une entité très diverse –, c’est aussi la question du développement inégal. Il s’agit d’un territoire qui est marqué par cette question. Développement inégal, c’est-à-dire à la fois de la richesse économique, à la fois un paysage, un environnement et un habitat, un urbanisme de qualité, mais aussi des poches de pauvreté, un certain nombre de quartiers sensibles, confer donc le grand projet de ville de Trappes-La Verrière, des villes qui sont aujourd’hui effectivement en projet de ville. Donc là également, il y a enjeu en ce qui concerne la cohésion sociale, qui est nécessaire à la réussite du développement économique, et évidemment qui est nécessaire à la vie des habitants et à leurs conditions de vie…

La culture comme élément de cohésion sociale doit sans doute être une des perspectives ou un des objectifs à poursuivre.

En ce qui concerne l’analyse qui est faite sur l’existant, sur la politique culturelle et sa réalité à l’échelle communautaire, le président donnait tout à l’heure les éléments concernant le niveau de moyens qui était mis en œuvre. Je reviens là aussi à la question de l’identité du territoire. Le constat qui est fait, pour l’essentiel – il y a une vingtaine d’équipements culturels sur le territoire –, la politique culturelle se développe autour de ces équipements sans vraisemblablement de perspective globale ni de cohérence générale, et donc sans se poser la question ni de ses complémentarités ni de son positionnement territorial. C’est l’autre enjeu que l’on peut effectivement relever : la question d’une autre façon de mener cette politique culturelle dans un contexte, on l’a vu tout à l’heure, où il y a des acteurs des différents niveaux, collectivités locales, communaux, intercommunaux, mais aussi les associations, et aussi les acteurs culturels qui sont notamment ici aujourd’hui, et qui nécessite que l’on envisage d’autres façons de travailler ensemble.

Pour ce qui concerne les collectivités, à l’évidence, si l’on veut atteindre l’objectif d’une politique globale cohérente, qui ne remette pas en cause les objectifs des différents niveaux, et je pense notamment aux communes qui ont légitimement des politiques locales, il y a vraisemblablement des pistes à trouver du côté de la contractualisation et du travail de réflexion en commun sur l’articulation qu’il doit y avoir entre les deux niveaux, communautaires et communaux. C’est vrai aussi, mais sous une autre forme, pour ce qui concerne l’ensemble des acteurs, et en particulier ce que je relevais tout à l’heure en ce qui concerne les nombreux équipements culturels de Saint-Quentin-en-Yvelines : la question se pose d’inventer une nouvelle façon de travailler ensemble, et en particulier d’imaginer que se développe le travail transversal, ce qui a déjà commencé d’ailleurs, et le travail en réseau qui est absolument nécessaire si nous voulons pouvoir répondre aux enjeux qui sont en face de nous et, non seulement ceux de la cohésion sociale, c’est-à-dire de la réponse que l’on peut apporter aux publics que nous ne touchons pas forcément, je pense notamment aux publics les plus défavorisés par exemple, ou les publics jeunes, mais également, si nous voulons vraiment jouer la complémentarité sur les différents champs culturels, de telle façon que les moyens qui sont mis en œuvre touchent leurs objectifs et nous garantissent que ce que l’on recherche en matière d’attractivité notamment, et en matière de développement durable de ce territoire, puisse se réaliser.

Je crois que l’on est dans un contexte nouveau où les collectivités publiques sont amenées à regarder les problématiques dans un champ beaucoup plus large, qui dépasse largement leur territoire – je parlais tout à l’heure des enjeux pour Saint-Quentin dans le cadre de l’OIN du Plateau de Saclay. C’est effectivement un périmètre qui dépasse largement son périmètre territorial, mais ça dépasse largement aussi ses compétences statutaires et aussi sa capacité d’action directe. Cela nous oblige, nous, les collectivités, à travailler autrement, à réfléchir autrement avec nos partenaires, avec les territoires voisins. Nous pouvons être concurrents, mais nous sommes aussi en capacité, en travaillant de cette façon-là, de faire réussir ces projets de développement, et finalement de bénéficier ensemble de ces résultats. Je crois que c’est un peu la question qui se pose à l’échelle plus locale en ce qui concerne l’action culturelle : c’est qu’effectivement, malgré la diversité, malgré les différences en ce qui concerne les objectifs, ponctuels et locaux, si le développement de Saint-Quentin ne réussit pas ou s’il ne dure pas, je crois que c’est l’ensemble des sept communes et l’ensemble des habitants qui en seront effectivement victimes, ainsi que ses entreprises. Nous avons là un certain nombre d’orientations qui devraient permettre de réfléchir sur les différents axes ou les différents secteurs de la politique culturelle, et je pense notamment au spectacle vivant puisque l’on a parlé des vingt équipements, mais c’est aussi dans tout ce qui concerne l’animation des quartiers, l’animation des villes, et en ce qui concerne les autres domaines qui sont en voie d’émergence sur Saint-Quentin-en-Yvelines.

J’ai essayé de faire le tour des enjeux du territoire qui peuvent marquer, je dirais, les objectifs ou les orientations de la politique culturelle à venir. En conclusion, il y a pour l’essentiel l’idée que si on veut maintenir l’attractivité de ce territoire, il faut une politique à l’échelle de l’agglomération, qu’elle ne peut se résoudre que par d’autres formes de coopération ou d’élaboration qui fait, y compris, la place, à la démocratie participative, c’est-à-dire l’association des citoyens à l’élaboration de cette politique.