Culture et territoires en Île-de-France

Imprimer

03 Mar 2011

Les archipels de la Goutte d’Or

Analyse anthropologique d’une métropolisation par le bas

Équipe de recherche : Virginie MILLIOT (dir.) et Yann Phillipe TASTEVIN. Novembre 2010

(résumé)

Dans le cadre de cette recherche, qui s’inscrit dans le premier axe de l’appel d’offres « Culture et sociétés locales dans un contexte métropolitain », nous avons souhaité interroger les dynamiques sociales de la « métropolisation par le bas ».

Pour saisir ces dynamiques, nous avons pris pour objet des pratiques collectives qui ont lieu dans l’espace public mais n’y sont pas à leur place du fait de leur statut ou de celui de leurs auteurs, sans pour autant en être définitivement bannies. Ces pratiques ont en commun d’être fondées sur les registres de l’informalité, des tactiques de mobilisation de ressources et des arrangements locaux aux frontières de la légalité, elles se déploient entre différents espaces normatifs et sont localement perçues comme illégitimes. Fortement stigmatisées par les discours de résidents indignés, les discours médiatiques et politiques qui les relayent elles donnent lieu à des négociations multiples entre différents régimes de coprésence et instances de légitimité. Elles font l’objet de négociations à la fois latérales (dans le quotidien des interactions entre les différents usagers de cet espace) et verticales (avec les représentants de différentes institutions sur le quartier). Ces négociations produisent des arrangements locaux – qui brouillent et questionnent fortement les frontières entre formel et informel, légal et illégal – dont nous avons souhaité étudier la genèse afin d’analyser ce que ces dynamiques produisent en termes de culture publique.

À partir de l’étude des débordements de la prière musulmane dans l’espace public du quartier de la Goutte d’Or et des débordements des marchés de la pauvreté Porte Montmartre dans le XVIIIe, nous analysons comment ordre public et ordre social sont travaillés par les logiques de la mobilité et de l’informalité et ce que cela produit en termes de renégociation du bien commun. Sur les deux terrains étudiés, les arrangements locaux qui rendaient ces pratiques tolérables depuis plus de dix ans, ont été redéfinis par la pression démographique. L’occupation de la rue par les biffins porte Montmartre et par les musulmans pour la grande prière du vendredi à la Goutte d’Or est devenue problématique. Des résidents et des acteurs concernés à différents titres par ces appropriations d’espace public se mobilisent pour porter dans l’espace médiatique et dans les arènes politiques locales des controverses plus générales sur le « droit à la ville » et le « vivre ensemble ». Partant de la rue, nous observons ainsi de nouvelles logiques de mobilisation ayant pour moteur un sentiment d’indignation face aux réalités que manifestent ces occupations. Ces activités cristallisent également des publics sur des valeurs partagées et des convictions simultanées, agrégent une pluralité de citadins qui se reconnaissent dans ces espaces intercalaires. Cette métropolisation élargit ainsi la sphère du bien commun en multipliant les acteurs concernés et les conflits d’accessibilité et de légitimité. La pluralité brouille les normes d’usage des territoires urbains et les règles de sa gouvernance. Sur les deux terrains étudiés, une politique de reconnaissance locale et limitée se met en place pour sortir de l’embarras. Cette institutionnalisation délégitime dans un même mouvement les débordements informels que la police est désormais amenée à gérer. Nous analysons les tensions et contradictions de ces politiques qui s’efforcent de gérer à une échelle locale les manifestations de cette métropolisation.

Les abstracts

- mise à jour / 26 juillet 2017