Culture et territoires en Île-de-France

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17 Mar 2009

Paris, métropole créative

clusters, milieux d’innovation et industries culturelles en Île-de-France

par Amanda BRANDELLERO (Université d’Amsterdam, AMIDST), Pierric CALENGE (Université Paris-1, CRIA), Claire DAVOULT (Université Paris-Est, LATTS), Ludovic HALBERT (Université Paris-Est, LATTS, École des Ponts), Ulrike WAELLISCH (Université de Loughborough, GAWC)

(résumé)

La concentration des industries culturelles dans des clusters au cœur des espaces métropolitains est bien connue. Le cas francilien ne déroge pas à ces dynamiques de colocalisation d’activités appartenant à des secteurs d’activités similaires. Si l’on peut mobiliser à profit les théories relatives aux clusters pour expliquer ces processus, un pan de la littérature propose une analyse qui va au-delà, en insistant sur la dimension métropolitaine pour justifier la contribution décisive de ce type de grandes villes dans la céativité culturelle.

Notre travail se propose d’approfondir cette piste en interrogeant la concentration des industries culturelles franciliennes dans le cœur dense de l’agglomération, à Paris et dans une mesure moindre dans le département de Seine-Saint-Denis, pour décrire la transformation marchande de la créativité culturelle métropolitaine. Notre approche vise à ne pas considérer la grande ville uniquement comme un espace qui, en raison de sa taille et de l’hétérogénéité des ressources, offrirait des potentialités d’interaction créative nombreuses à l’image de ce que la littérature tend à proposer. Nous défendons l’idée qu’il est nécessaire de prendre les acteurs au sérieux, dans une lecture socio-économique qui analyse les stratégies et les pratiques quotidiennes des agents (individus, organisations, institutions, voire lieux), afin de tracer avec précision la mobilisation effective de la créativité, son repérage, sa sélection, sa transformation et sa production in fine comme œuvres marchandes. Ce travail de captation métropolitaine de la créativité qui nous intéresse, compétence territoriale qui va au-delà de l’offre d’une variété de ressources au profit de l’activation pratique de ces dernières, nous permet d’entrer dans une boîte noire du fonctionnement des industries culturelles dans les métropoles.

À partir de quatre recherches empiriques déployant une méthodologie similaire mais avec des secteurs d’activités différents (arts visuels, industrie de la musique, industries de l’image), on essaie d’analyser en profondeur différents temps de la transformation de la créativité culturelle en produits commercialisés. On part de la créativité individuelle des artistes visuels, de leur travail quotidien qui dessine des micro-géographies parisiennes prises dans des réseaux de connexion professionnelle de portée variable, du local au lointain. On interroge ensuite l’intégration des migrants transnationaux dans des filières de production musicales en soulignant l’existence de modalités parallèles, entre concurrences et complémentarités, de captation de leur créativité musicale. On se trouve donc ici à l’interface entre logiques individuelles et de filière.

En se concentrant désormais sur les acteurs de l’industrie, la partie suivante analyse en miroir les stratégies et les pratiques des réseaux professionnels qui réalisent cette captation. Réalisée à partir du même terrain (les musiques du monde à Paris), cette analyse offre une image en retour des membres de l’industrie de la musique qui s’efforcent de repérer, soutenir et façonner des œuvres qui viseront l’un des multiples marchés de niche ou grand public accessibles depuis la région-capitale. Dans les deux contributions précédentes, on montre en particulier que créativité culturelle et créativité entrepreneuriale sont intimement liées. Enfin, la quatrième contribution discute les transformations de l’action publique en faveur des industries de l’image en Île-de-France (cinéma, cinéma d’animation, jeu vidéo, multimédia, etc.) ainsi que l’émergence en parallèle d’organisations d’intermédiation entre ces pouvoirs publics et les acteurs de ces filières. On montre comment l’on assiste à un glissement de la notion de créativité à celle d’innovation en lien avec le transfert de politiques industrielles territorialisées vers les industries de l’image. Dans ce contexte, les pouvoirs publics semblent à la fois (re-)légitimés dans leurs interventions, en particulier en matière de financement de l’innovation, et disposer de leviers leur permettant une forme de pilotage à distance de la filière.

La synthèse de ce document s’efforce de mettre en perspective les apports transversaux de ces contributions. Si la co-localisation des industries culturelles dans la métropole francilienne reflète des logiques expliquées par la théorie des clusters, nous montrons que la métropole offre d’autres avantages liés à la capacité des acteurs de la filière à activer des ressources et des réseaux sociaux hétérogènes. Nous décrivons une métropole créative dont le fonctionnement quotidien repose sur l’intervention contestée de gardes-barrière (gatekeepers) qui assurent les médiations permettant de capter et de transformer la créativité culturelle en produits commercialisés. Ces médiations organisées par les gardes-barrière qui peuvent être des individus, des organisations, des institutions ou des lieux, s’appuient sur la mobilisation de réseaux de portée variable, qui vont de la micro-géographie du quartier à une échelle que l’on dit par simplification "mondiale" mais qui correspond en réalité à d’autres systèmes d’acteurs localisés au loin, dans d’autres grandes villes créatives généralement. De là, on appelle des approfondissements théoriques et empiriques de la relation entre créativité, industries culturelles et métropoles pour renseigner notamment les actions à venir des pouvoirs publics, ou de leurs intermédiaires, soucieux d’agir pour ainsi dire depuis l’intérieur des filières.

Les abstracts

- mise à jour / 26 avril 2017